L'homme
s'est-il déjà posé la question... Et si
j'étais oiseau, serais-je vraiment impressionné
par ce Propriétaire foncier par procuration ? son égocentrisme
l'en empêche. 
Dans cet énigmatique mimétisme d'homo sapiens l'épouvantail
dans son "statut social" est la personnification matériel
du paysan, d'où l'impossible question, à fortiori
l'improbable réponse.
Le paysan, dans la peau de l'épouvantail ou inversement
à travers cette métamorphose processionnelle de
vêtements d'apparats, veille sur ses semailles jours et
nuits l'empêchant ainsi de cauchemarder sur les hypothétiques
récoltes à venir. Il est là, omniprésent
jusqu'à envelopper ce crucifix d'un autre âge de
ses propres vêtements dans lesquels il a sué. Plus
païen que religieux, plus exorciste que rationnel, envoûté
par le doute, tout est bon pour conjurer les mauvais sorts.
Aussi,
parfois il était de coutume dans bon nombre de régions
de planter dans la terre autour des champs des petites croix
en bois que l'on avait pris soin de faire bénir et ce,
pour se garantir de l'abondance des récoltes futures.
Ectoplasme
avachi sur lui-même, vieux démon on en connaît
jamais de jeune, l'épouvantail souffre rarement d'infections
respiratoires faute d'une climatisation déréglée.
Il est vrai, ses douleurs son plus méconnues des médecins
de campagne que des paysans occasionnellement taxidermistes.
Il
y'a une centaine d'années, l'acte chirurgicale était
encore un épouvantail, un suprême recours.
Valéry
(1871-1945).
L'épouvantail
est une bête de somme que l'on charge de beaucoup de croyances
et qui n'est pas comptabilisé dans le cheptel. Son abattoir
sera le feu destructeur et purificateur. Purification des maléfices
jetés sur terre par les volatiles. Jadis ne prédisait-on
pas l'avenir dans le vol des oiseaux ? ( l'ornithomancie n'est
pas loin!) Puis, occasionnellement selon les régions les
cendres seront dispersées sur la terre nourricière
comme dans un rituel qui rappelle le sacrifice humain. Noble
jusqu'au bout, drapé dans ses oripeaux son ultime tâche
sera la cuisson du brouet ou celle de conforter la conscience
des hommes.
Nonobstant
le fait d'être homme (incarnation du paysan) il devient
dieu.
En
Egypte, Osiris symbolise le maïs, les Babyloniens et les
syriens ont Adonis qui nous apostrophe dans l'ordre du calendrier
saisonnier. Ne passait-il pas la saison hivernale en compagnie
de Perséphone pour nous revenir à l'équinoxe
printanière au bras d'aphrodite, l'utérus rempli
de liquide séminal? Il représente les saisons,
la vie, donc le temporel en endossant le fardeau de l'existence.
C'est probablement pour cela qu'il incarne le malheur autant
que la bienveillance car les humains s'identifient au supplicier
ou au bourreau selon les cas.
(Comme
sa mère, Perséphone était à l'origine
une déesse du Blé. Chez les Grecs, la fertilité
du sol était étroitement liée à la
mort, et les semences étaient conservés dans l'obscurité
pendant les mois avant les semailles de l'automne. Dans la mythologie
grecque la chouette est représentée par Ascalaphos,
fils d'Acheron et de la nymphe de l'obscurité: C'est elle
qui voit Perséphone goûter à un fruit de
l'enfer (un grain de grenade) et la dénonce, lui interdisant
ainsi tout espoir de remonter définitivement au jour).
L'épouvantail
n'a de valeur de ce qu'on lui donne ou de ce qu'il a sur le dos,
et il a parfois bon dos. Condamné par contumace, ce Priape
qui ignore tout jusqu'au démon de midi a la lourde tâche
de féconder la terre. Son pieux enfoncé dans le
sillon du labour au beau milieu du champ comme un astre créateur.
Blonde
Cérès, à toi la couronne d'épis qui,
de ma campagne,
viendra pendre
à la porte de ton temple; et, dans mon verger fructueux,
je veux dresser le rouge gardien, Priape [Dont l'image grossière,
en bois barbouillé de rouge, servait d'épouvantail],
qui de sa faux cruelle effraiera les oiseaux.
Tibulle
(vers 50-19 ou 18 av JC).
Bras
tendus, berger de transhumance il indique aux oiseaux migrateurs
la direction vers d'autres latitudes comme on met à la
porte une personne
indésirable.
Pour
mémoire :
Les oiseaux migrateurs ne sont pas des oiseaux qui se grattent
que d'un coté!
Parfois,
et c'est très rare, on rencontre des épouvantails
munis d'outils "fourche, bêche, pique, arme"
comme le père fouettard d'un martinet pour les enfants
turbulents en période de Noël.
Doté d'une intelligence crépusculaire, chacun d'entre
nous s'est probablement aperçu que l'épouvantail
à moineaux n'est pas ce que l'on appelle de nos jours
un marché porteur. Il est à notre industrie lourde
ce que mon plombier zingueur est à la mécanique
quantique ou à la fission nucléaire (Je profite
de l'occasion qui m'est donnée pour lui rappeler que la
chaudière à la cave goutte toujours !).
Les
oiseaux lui auraient-ils donné des idées de voler?
( Je ne parle pas de mon plombier, il est assez cher comme ça
!) Serait -il devenu parano ? Enfermé dans sa camisole
de hardes serait-il devenu un peu schizophrène ? Le monde
lui ferait-il peur ? Peut-être souffre-t-il d'une étrange
claustrophobie pour s'isoler loin de tout dans nos belles campagnes
de France ?
Parfois,
je me demande des deux qui se fout le plus de la gueule de l'autre
?
Oublié
de tous, l'ONU l'ignore, l'UNESCO s'en moque, l'OCDE le sous-estime
, la Cour européenne des droits de l'Homme ne s'y intéresse
pas. Volontairement négligé par le traité
de Maastricht au profit de Choses beaucoup plus subtiles il est
donc décidé qu'il n'aura jamais sa place ou son
boulevard, son école, sa bibliothèque ou son porte-avions.
Sacrifié sur l'autel des quotas agricoles il ne reste
aux yeux de nos princes et gouvernants qu'un fantôme anorexique
de l'intelligence, ne suscitant pas même la pitié
du conseil cuménique des églises ; pas une
âme charitable au Saint Siège pour la défense
de ce branquignol de la déglingue.
On
se trompe souvent en estimant trop haute la valeur d'autrui,
on se trompe rarement en l'estimant trop base.
Stanislas
Leszczynski (1677-1766).
Politiquement
correct, il a su traverser tous les régimes. Catholique
ou protestant, royaliste ou républicain, de gauche ou
de droite,
"colombe ou faucon", nul ne sait, toujours est-il qu'il
a connu les jacqueries du moyen âge et les jugements d'animaux,
pas d'épouvantail , les invasions, les guerres et les
famines pas les anathèmes, la terreur sous la révolution
où tout ce qui représentait un symbole religieux
ne serait ce que de par sa forme était soupçonné,
il fut épargné du fauteuil de la Nation (la Guillotine).
Ils connurent aussi les remembrements et les OGM, les quotas
laitiers et la vache folle, Dolly la brebis clonée, les
années baba-cool et peace and love sur le larzac, le démontage
du Mac-Do de Millau, la mise au point de la bêche télescopique,
le râteau pliant, la serpette musicale, la brouette à
roue carrée. Bref, tous les plus grands événements
ruraux de ces cinq derniers millénaires ne lui ont pas
échappé.
Malgré
toutes ces longues périodes de fidélité
au monde paysan il ne fut jamais nommé Docteur honoris
causa, prix Nobel ou plus simplement médaillé du
"poireau" 7 juillet 1883 portant création de
l'ordre du mérite agricole. Il fait désormais parti
de notre patrimoine rural et ma foi, c'est probablement le plus
bel hommage que nous pouvons lui faire.
Nous
ne trouvons guère de gens de bon sens que ceux qui sont
de notre avis.
La
Rochefoucauld (1613 1680).
France.
Avec
l'aimable autorisation de Pierre.
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ci-dessus est la propriété de l'auteur.
Tous droits réservés .
Statue
ou épouvantail,
Les seins du marbre, mes fruits lourds
Arrondis par le lourd soleil,
S'ils rougissent, tout est perdu,
Je les nomme pommes d'amour.
C'est,
entier, un verger marin,
À elle seule que Vénus ;
Verger par lui-même trahi !
Car Vénus, pendant son sommeil,
Nous
livre ses secrets, ses fruits.
(Installé le moineau, corail
Sur ta branche, il la fait plier),
Heureux qui ne doute de rien !
Sans
crainte, vagues, picotez
L'arbre du corail effronté
Dans son rôle d'épouvantail
Vénus manque d'autorité.
Raymond RADIGUET (1903-1923).
(Recueil
: Les joues en feu).
USA.
Avec
l'aimable autorisation de Fred.
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